Derniers instants au Svalbard

Il y avait hier soir, autour de la table au moment du dîner, comme un air de dernier jour de vacances. De ces instants où les souvenirs du temps écoulé se rappel à vous alors qu’il fait partie d’un passé pas si lointain. Mais le paradoxe est bien là, en ce sens où cette soirée ne marque en rien la fin de l’aventure. Au contraire même, rejoindre Trondheim revêt peut-être du plus gros défi de ces trois semaines. Il n’empêche, une page se tourne, celle du Svalbard. Ce grand archipel désertique, montagneux, glaciaire… ce bout de terre égaré par ses grands frères en pleine dérive des continents et qui s’est échoué ici, entre les 75 et 80e parallèle nord. En ce jeudi matin, à l’heure où j’écris ces lignes, nous laissons disparaître doucement derrière nous ce lieu qui nous aura laissé maintes fois sans mots, par la seule expression de sa simplicité.

Mais avant cet élan de nostalgie, nous restait une dernière journée à écouler. Mercredi matin donc : la anse de nos amis polonais d’Hornsund est devenue bien trop inhospitalière. Si la veille, le déversement de glace de l’Hansbreen était largement supportable, le nouveau lâché de grawlers et icebergs du glacier voisin commençait à mettre notre cher Cruising Swiss 5 un peu à l’étroit. Levé d’ancre matinal et traversée de la baie pour nous établir dans une anse bien plus accueillante, la dernière de nos pérégrinations du grand nord : Gashamna. Avant d’envisager une dernière escapade, relooking complet du bateau qui nous portera ces 6 prochains jours sur la mer de Norvège.

Liste non-exhaustive des tâches effectuées : check complet du pont, ressérrage des vis, réajustement des noeuds d’écoutes, assurer les manilles, monter dans le mât, réparer moteur d’annexe, poubelle et chandelier branlant, vérification du filtre à eau et du moteur principal… check-up complet de Cruising Swiss 5 et examen brillamment passé par notre fier destrier prêt à nous porter vers des latitudes plus clémentes. Succession de petits devoirs envers notre bateau qui nous aura tout de même occupé 5 heures de notre temps.

Il est 18 heures et nous sommes 4, Jean-Paul, Pierre, Hervé et Léo, à profiter d’un dernier moment à terre. Comme à chaque fois, ces instants vont nous surprendre. De sa monotonie apparente, ce morceau de Svalbard va de nouveau nous offrir des sensations différentes. Habitués aux crêtes et aux vallons, nous avons ici un long bout de plaine, vestige certains d’un glacier disparu, nous offrant une vue panoramique imprenable sur les montagnes, l’anse de Gashamna et la baie d’Hornsund. Sous nos pieds, des kilomètres de mousse et de différentes fleurs polaires qui font le bonheur d’un grand renne, le plus beau qu’il nous ait été donné de rencontrer, broutant sans trop s’offusquer de notre curiosité mais nous gardant néanmoins à distance respectable.

Dernière « visite » également d’un vestige du passé, décidément nombreux au Svalbard, avec les restes des fondations d’une ancienne expédition russe du 19e siècle, et d’une vielle cabane de trappeur, désertée par ses occupants et hanté par quelques vieux souvenirs : casseroles, poêles, gobelets, pièges à renards… contemplation acte 5. Rideau et applaudissements. Fin de représentation pour l’Archipel du Svalbard et sa côte ouest, sillonné pendant 12 jours par Cruising Swiss 5 et son équipage.

Léo Lecomte à bord de Cruising Swiss 5 – Jeudi 10 août

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