C’est l’histoire des hommes qui ont vu l’ours

1024P1110007.JPGJe m’en allais vous conter une romance. La douce histoire de deux gentils, beaux et gros morses. Tous deux élégants, posés sur un bout de plage du côté de Mariasundet, fin corridor de mer d’une centaine de mètres marquant l’entrée et la sortie sud du Van Mijenfjorden. Une femelle de quelques centaines de kilos, la tête posée sur le ventre de son mâle (sûrement cent kilos de plus), apathiques, pas dérangés le moins du monde par 7 voyeurs sur un bateau. Un équipage il faut le dire, presque tout aussi apathique, lassé par deux journées sans vent et particulièrement fraîches. Oui. j’aurais pu vous raconter l’histoire de ces deux sympathiques morses. Les deux premiers que nous observions. Pourtant, je vais vous en raconter une autre…

« Éh… » Voilà le son qu’il faudra retenir. C’est bête un Éh…un bête son lâché par Pierre ce samedi 5 août à 18h02. Oui mais voilà, ce petit Éh, sorti de la bouche de quelqu’un qui, l’espace d’une seconde, doutait certainement qu’il voyait bien ce que nous espérions tous voir depuis que nous avons posé une botte sur le territoire du Svalbard, représente quelque chose de grand : nous voyons un ours blanc ! La rencontre, dans un premier temps, fût brève. L’équipage de Cruising Swiss 5, après avoir mouillé à Fleur de Lys hamna, petite anse protégée au bien joli nom, profitait d’une bonne promenade sur les rives du Van Keulenfjorden.

Un fjord envoûtant, aux crêtes acérées, aux pics s’élevant à 1 200 mètres dont les pieds se terminent en pentes douces et verdoyantes de mousses. Un endroit évoquant le passé baleinier de l’archipel avec des vieilles barques de bois, anciennes possessions des chasseurs, abandonnées sur la côte.

Près d’une heure a passé sur cette terre et notre petit groupe s’est donné comme objectif, plus loin dans la baie, deux grandes cabanes abandonnées, entourées de ces barques de baleiniers. Petite pause sur le contrefort d’un vallon pour que les adeptes de la marche, un peu plus rapides, attendent les photographes, plus flâneurs. L’équipe est regroupée et Pierre le voit : « Éh… » un kilomètre en contre-bas environ, se dirigeant justement vers les deux cabanes que nous nous étions donnés pour objectif. Chacun s’arrête. Je vous l’ai dis, cette première est courte. Le vent est pour nous et nous sommes postés sur les hauteurs. Nous passons 5 minutes à l’observer, tous risques immédiats étant écartés, puisque l’animal n’avance pas dans notre direction. Jumelles pour certains, zooms des appareils pour d’autres, nous détaillons à loisir la bête. Démarche puissante, mais pourtant aérienne, un long cou, une grosse tête, un gros corps et un pelage tout juste sali au niveau des pattes. Mâle ou femelle ? Vous excuserez mon ignorance en oursologie mais nous avons là un sacré beau spécimen.

Avec l’envie de voir cet ours blanc de plus près, sans pour autant nous mettre en danger, décision est prise de regagner Cruising Swiss V pour le suivre par la mer en toute sécurité. Nous abandonnons notre ami pour un instant. En une bonne 40 minutes, le bateau quitte son mouillage et tente de le retrouver. Il n’est que quelques centaines de mètres après les cabanes abandonnées. Le ou la gaillard(e) nous a gracieusement attendu en profitant d’une petite sieste. La rencontre sera ici plus longue mais la sieste de courte durée pour l’ours. Réveillé pour notre moteur, il poursuit sa route par la plage (un instant nous pensions qu’il nous ferait l’amabilité de venir piquer une tête dans l’eau). Près de 20 minutes sont passées à ses côtés avant de le laisser vaquer à ses occupations et, pour nous, de retourner à notre mouillage.

Passé la rencontre, la joie et le privilège d’avoir pu observer cet animal presque mythique dans son habitat naturel et dans un décors de rêve, je retiens deux citations. L’une de Dominique, après la première rencontre : « bon et bien c’est vrai, il y a bien des ours blancs au Svalbard ». La seconde, de Stéphane, avant de débarquer à Fleur de Lyshamna et donc avant la découverte de notre champion : « S’il y a des oies ici, il n’y aura pas d’ours ».

Léo Lecomte à bord de Cruising Swiss 5 – Samedi 5 août 2017

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