Le pays du matin calme

Voici déjà 6 jours depuis notre premier départ de Longyearbyen et il est temps pour moi de m’arrêter sur quelques considérations météorologiques maritimes. Clairement, l’indice mis dans le titre a dû déjà vous mettre la puce à l’oreille. Mais laissez moi tout de même le plaisir de vous expliquer.
Sur l’archipel du Svalbard, les mêmes causes semblent avoir les mêmes conséquences. La première, un baromètre terriblement amorphe. Depuis le départ, ce dernier stagne aux alentours d’une fourchette de 1008 hPa à 1012 hPa (les amateurs de météo marine apprécieront). Mais passons ce sujet. Ce que nous observons depuis plusieurs jours se découpe de la manière suivante : Le matin, un vent qui se hisse péniblement à deux nœuds et une navigation forcée au moteur. L’après-midi, alors que l’équipage se résigne à passer une journée au doux bruit du ronronnement des entrailles de Cruising Swiss 5, un petit rafraîchissement se fait ressentir au creux de la nuque, signe annonciateur que les voiles vont bientôt pouvoir faire taire le moteur. De 2 à 4 nœuds, le vent passe très rapidement à 8 / 10 nœuds pour s’établir en à peine 15 minutes autour de 15 nœuds (plus de 20 lundi après-midi). Que ce soit sur toutes nos navigations depuis le début de l’aventure, chacune a commencé puis terminé de la même manière. Matin calme, après-midi agitée.
1024P1000526.JPGAujourd’hui encore, jeudi 3 août, alors que notre départ du mouillage s’est effectué toutes voiles affalées et que, sur les premières heures pour rejoindre la ville russe de Barentsburg, l’équipage a semblé plus enclin à la sieste, bercé par ce bon vieux moteur, qu’à l’observation du paysage et de ses éternelles montagnes désertiques bariolées de ses couleurs fétiches (marron, gris, noir, blanc), le vent s’est de nouveau levé. Bien cramponné derrière la barre, Pierre nous a offert une traversée de l’Isfjorden record en 1h30 avec un bateau régulier autour des 7 nœuds… thermiques mon amour (là encore les habitués de météo marine apprécieront). Conclusion facile de cette analyse : au Svalbard, naviguez l’après-midi.
Mais, comme il faut toujours un modérateur aux propos d’un seul, je me propose ici d’être mon propre modérateur (pas très démocratique cette affaire…). Il m’est facile de rapporter ici les observations faites sur une courte période (6 jours), et dans un secteur géographique relativement réduit puisque, après tout, notre équipage a principalement exploré l’ouest du Spitzberg avant de débuter dès demain sa plongée vers le sud. Mais cette simple corrélation des évènements me semblait ici amusante à rapporter. Il existe une explication bien plus rationnelle à ces épisodes de matins calmes et elle porte un nom : Effets de site.
Vous aurez désormais bien compris le caractère montagneux de ce charmant endroit nommé Spitzberg. Et, chaque matin, Cruisnig Swiss 5 se trouvait, soit bien à l’abri au cœur d’un fjord, soit dans une baie protégée par la désormais célèbre ile, Prince Karl Forland. Impitoyables, les montagnes ont parfaitement joué leur rôle de brise vent. Au contraire, et à une exception près, toutes nos après-midi venteuses ont eu lieu dans l’Isfjorden, grande baie profonde, relativement épargnée par ces effets de site lorsque le vent souffle d’ouest / sud-ouest. Dernier exemple en date de ces effets de site ce midi. Après avoir mouillé et mangé au pied du glacier Esmarkbreen, nous sortons du fjord répondant au nom gracieux d’Ymerbukta, à la voile. En l’espace d’à peine 1 mile, le vent est passé de plein vent arrière et une dizaine de nœuds (effet glacier) à 2 nœuds vent tournant (effet montagne) pour enfin s’établir à 15 nœuds près-travers (effet Isfjorden).
Voici donc pour ces quelques tribulations météorologiques de première  semaine. L’avenir et le sud du Spitzberg nous dirons très prochainement si le Svalbard continuera d’être le pays du matin calme ou si l’archipel nous offrira enfin une mâtiné de voile plus alléchante.
Léo Lecomte à bord de Cruising Swiss 5 – Jeudi 3 août 2017

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