La magie des glaces

Depuis 4 jours que nous avons commencé notre escapade, nous sommes passés par plusieurs états face aux différents paysages qui ont pu nous entourer. L’interrogation, la surprise, la joie, la perplexité, l’émerveillement… mais pas encore la contemplation. Car aujourd’hui, en ce mercredi 2 août, lendemain de fête nationale suisse et de fondue, c’est bien dans cet état que nous avons été plongé : contemplatif.
À la brume, la bruine et le brouillard du 1er août a succédé un odieux beau temps. Sans vent certes, mais également sans un seul nuage à l’horizon. L’ile de Prince Karl Forland ou nous avons mouillé pour la nuit et si mystérieuse la veille, nous révélait d’un seul coup toutes ses beautés. Mais trop tard pour elle. La veille au soir, Hervé, Jean-Paul et Dominique avaient repéré quelques glaciers en face, côté Spitzberg. Décision était donc prise d’aller les observer de plus près avant de se rendre quelques miles plus au sud pour mouiller à Farmhamna. Si le glacier Nordenskiöld, longé quelques jours plus tôt nous avait déjà offert un magnifique spectacle, les trois observés ce jour nous ont littéralement laissé sans voix.

Le premier d’entre eux, Dahlbreen, visible depuis la mer, a déjà fait un bel effet à l’ensemble de l’équipage. Durant toute la phase d’approche, plus personne ne pipait mot, tous tournés vers ce monstre de glace, prolongement d’une longue piste de neige verglacée, coincée entre plusieurs monts et terminant sa course dans la mer. Phase contemplative acte 1 ! Plus nous approchions de ce géant de glace, et plus la tâche floue à son pied prenait corps. Il s’agissait d’un champ, oui d’un champ de glaçons et de grawlers qui s’étendait sur plusieurs centaines de mètres, conséquence et résidu de la fonte du glacier. Grâce à la coque solide et en aluminium du bateau, lancé à vitesse réduite dans ce champ glacé, nous nous retrouvions en quelques minutes, 7 minuscules êtres humains sur une coque d’alu, au coeur des glaces du grand nord, dominé de toute sa stature par le glacier Dahlbreen. Nouveau silence à bord. Phase de contemplation acte 2 ! Petit aparté pour louer les qualités de pilote de drone de l’ami Dominique qui à fait décoller et atterrir l’engin depuis et sur le pont sans aucune inquiétude pour des images qui s’annoncent magnifiques.

Loin d’être rassasiés de glace, il fallait bien prolonger les plaisirs au coeur du St Johnsfjordenn en partant cette fois-ci à la découverte du Konowbreen et de l’Osbornebreen. Si un jour quelqu’un vous affirme que rien ne ressemble plus à de la glace quebde la glace, riez lui au nez. Après le chant des glaçons du Nordenskiöld, le champ de glaces du Dahlbreen, place au slalom entre les icebergs des Konowbreen et Osbornebreen (petit point de précision, on parle la plus d’apprentis icebergs que d’icebergs type Titanic). Il est donc invraisemblable de voir à quel point ces centaines de glaçons, growlers et icebergs peuvent prendre comme formes différentes. Certains des meilleures sculpteurs sur glace pourraient s’y essayer qu’ils n’y parviendraient jamais. Au jeu des ressemblances pour les formes les plus équivoques, voici ce qui a été entendu à bord : Canard, signe, lapin, oiseau en vol, monstre du Lochness, tente de trappeur, hippopotame sur le flanc, phoque barbu…. ah non ! Erreur de ma part, pour le dernier c’était un vrai. J’y reviens… pour ce qui est du reste, phase de contemplation dernier acte.

1024_DH82291.JPGLe phoque barbu donc. Au milieu de cette magie glaciaire, et outre les nombreux oiseaux que nous avons pris l’habitude de côtoyer, cet animal. Dans l’un des guides sur le Svalbard que nous avons à bord, voici comment ce dernier est décrit : « D’une taille nettement plus grande que celle du phoque annelé, environ 2,50m pour 350 kg, le phoque barbu se reconnaît aussi à ses grosses vibrisses. C’est un solitaire dont la population s’élève à quelques milliers. Étant peu chassé, il est très peu craintif. L’été, il est facile à observer et à approcher de très près lorsqu’il se prélasse sur un bloc de glace au soleil. » Ne cherchez pas plus loin. Voici trait pour trait la situation dans laquelle nous avons rencontré ce très sympathique animal qui levait la tête courtoisement dans notre direction quand le bruit de la glace contre la coque rompait le silence. Avec toutes ces aventures, nous en étions de nouveau quite pour une journée de 13 heures sur l’eau, au moteur malheureusement faute de vent (quelques miles à la voile en fin de parcours).

Je profite de ces quelques dernières lignes pour partager avec vous ce sentiment qui nait au regard de ces glaciers. Si le spectacle du grondement des glaciers qui s’effondrent dans la mer, et des craquements des glaçons au soleil reste fascinant, il n’en reste pas moins qu’ils fondent. Les plus cartésien m’avanceront qu’il est normal que la glace fonde l’été. Il n’empêche. Jean-Paul a finalement traduit tout haut ce que beaucoup pensaient certainement tout bas : « On se demande combien de temps encore ils vont tenir face au réchauffement climatique ? » Sur ce je vous laisse à vos méditations.

Léo Lecomte à bord de Cruising Swiss 5 – Mercredi 2 août 2017

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