Du grand départ à la ville fantôme de Pyramiden

« 15h25 messieurs, nous sommes partis ».

Partis oui… partis pour deux semaines à sillonner par la mer l’une des terres les plus au Nord de notre planète (Longyearbyen se situe aux alentours du 78e parallèle), avant de rejoindre Trondheim au terme d’une traversée d’une semaine.Ce sont donc par ces quelques mots que Dominique a officiellement lancé cette aventure attendue pour certains depuis de très longs mois. 15h25, l’heure à laquelle Cruising Swiss 5 a quitté le port de Longyearbyen.

Mais avant de vous entretenir des premières aventures de nos 7 nordistes, il me faut tout de même revenir sur quelques événements importants de ce samedi. Après les arrivées successives de Dominique, Stéphane, Bertrand, Jean-Paul et Pierre tout au long de la semaine, ne manquaient pus qu’Hervé et Léo, arrivés dans la nuit de vendredi à samedi. Pendant que le second goûtait aux joies d’une nuit en camping au pied de l’aéroport, le premier allait subir un imprévu de taille en ce début d’expédition : l’une de ses deux valises, contenant 12 kilos de charcuterie, n’est jamais parvenue à destination… Petit couac des ultimes instants qui forcera notre équipée à des réajustements de dernières minutes. Retour au grand supermarché locale où la taulière des lieux, une certaine Karin, petit bout de femme pleine d’énergie et experte en avitaillement, s’est vue dévaliser ses dernières tranches de jambon ainsi que sa crème solaire (Nota Bene : malgré le froid permanent, le soleil lui ne se couche jamais et ne laisse pas votre peau au repos sur l’eau. 50+ obligatoire). C’est donc sur cette ultime péripétie sans gravité (mais sans qu’Hervé ne sache ou et quand il allait retrouver sa capricieuse valise et ses 12 kilos de charcuterie égarés dans les airs scandinaves), et après le traditionnel check-up sécurité effectué par Jean-Paul, que le bateau quittait le port : « 15h25 messieurs, nous sommes partis ».

Et quel départ ! Grand voile haute et génois déroulé seulement quelques minutes après la sortie du port de Longyearbyen, Genaker envoyé moins d’une heure plus tard… plutôt pas mal pour un archipel parfois réputé avare en bon vent. Entre 10 et 15 noeuds à l’anémomètre, presque 7 noeuds de vitesse pour CCS5 : « Champagne sailing », diraient nos amis anglophones, direction Pyramiden, ancienne ville minière russe nichée au coeur du Billefjorden. Après une première navigation de 35 miles couverts en 7h30 et terminés au moteur, les effets de site se faisant particulièrement ressentir au milieu des montagnes svalbardiennes, la première étape de ces trois semaines était bouclée.

Avant de continuer, je me permet cette petite parenthèse ornithologique. Force fût de constater durant cette traversée et ces premiers jours à terre que l’île regorge d’une belle diversité d’oiseaux. L’un d’entre eux, le macareux-moine, a particulièrement retenu notre attention. Ce petit oiseau, cousin éloigné du manchot, au corps de pingouin et à la tête de toucan (avec un bec bien moins long je vous rassure), est réputé discret dans les guides touristiques de la région. Hasard de notre calendrier ou coup de chance géographique, nous n’avons eu de cesse d’en croiser pendant cette navigation. Loin d’être un esthète du vol en haute altitude, ses petits battements d’ailes, entre mignonnerie et grotesque, nous ont beaucoup diverti. Fin de la parenthèse.

1024P1000208.JPGNotre première soirée à bord s’est donc déroulée dans « l’immense port » – un ponton flottant relativement neuf d’une vingtaine de mètres et un autre en vieux bois plein de clous rouillés – de Pyramiden. Aaaaaahhhh Pyramiden, tout le charme de l’Union Soviétique à l’état brut. Cette ancienne cité minière russe compta au plus fort de son activité près de 1 000 habitants mais fût abandonnée en 1998. Ce qu’il en reste aujourd’hui ? Environ 5 habitants à l’année, un hôtel… une vingtaine de maisons, immeubles et entrepôts abandonnés et des kilomètres d’anciens systèmes d’acheminement du charbon grouillant sur le flanc de la montagne la plus proche. En résumé : Pyramiden n’est pas un village en ruine, mais bien une ville fantôme. Le plus beau symbole de ce retour à la nature ? Les trois rennes croisés au coeur de cette ville de bois, de brique, de métal et de charbon, broutant joyeusement leur herbe fraîche dans un sol vaseux et à peine dérangés par la curiosité de notre groupe Franco-Suisse. Pyramiden est clairement un « must see » du Spitzberg, que nous sommes justement allés voir en ce dimanche ensoleillé, pour son ambiance si particulière et pour sa vue imprenable sur le glacier qui lui fait fasse : le Nordenskiöld. Tout Pyramiden étant, nous ne nous sommes pas attardés dans cet ancien fleuron du charbon d’ex URSS, bien décidés a allé voir de plus près ce Nordenskiöld (à seulement 6 miles de notre position), un glacier approchable très facilement en bateau, et surtout par l’information donnée par un local : trois ours polaires auraient été aperçus dans le secteur. Ni une ni deux, à 12h30 ce dimanche nous étions de nouveau sur l’eau. Concernant les ours polaires : choux blanc. Pour le reste, le spectacle du glacier à largement compensé le déplacement. Entre le chant des glaçons, crépitants et craquants à la fonte du soleil, le grondement de plus gros morceaux, se détachant du glacier, et la majesté de cette glace, prisonnière de la mer et des montagnes : quel spectacle !

En un mot, qui sera celui de la fin prononcé par Hervé à notre skipper Dominique : « Merci ».

Léo Lecomte depuis le Cruising Swiss, 30 juillet 2017.

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